Bécassine


Dans un ancien article intitulé "Les spécificités cognitives de la trisomie", nous avions affiché comme image une belle "Bécassine" ...

En effet au cours d'une visite chez Jean et Lucette Alingrin, fondateurs de l'oeuvre d'adoption "Emmnauel Montjoie", ceux-ci nous avaient partagé dans la conversation que Bécassine leur semblait avoir bien des caractéristiques propres à la trisomie.

Et c'est donc une belle surprise ce matin, dans le Figaro du 26 juin 2014 que de découvrir un délicieux article d'Astrid de Larminat, remarquable documenté, sur l'histoire de cette sympathique héroïne. Nous nous permettons d'en reproduire quelques lignes où apparaissent effectivement certains "traits" qui confortent dans cette hypothèse d'une Bécassine trisomique - certes hasardeuse et qui n'a probablement pas effleuré la rédactrice du Figaro - mais cependant empreinte de vérité pour qui connait les personnes trisomiques et qui a naguère aimé lire les BD de Bécassine !

Mais nous n'obligeons personne à nous suivre dans cette "théorie" : nous avons simplement souligné quelques points sympathiques, si bien décrits par Astrid de Larminat.



"Pour dissiper les malentendus, rien ne vaut un bref rappel historique: la première mouture du personnage, une domestique étourdie et gaffeuse, a vu le jour en 1905 dans La Semaine de Suzette, hebdomadaire pour enfants sages. Mais la Bécassine que nous connaissons n'est née qu'en 1913, lorsque Maurice Languereau devint scénariste de la série sous le nom de Caumery: il en fit un vrai personnage romanesque, riche, subtil.
Un «personnage poétique»

 En réalité, elle n'a aucune idéologie, c'est peut-être d'ailleurs ce que certains lui reprochent. Elle ne remet pas en cause la société dans laquelle elle vit et ne revendique rien pour elle. Le propre de Bécassine, et peut-être son génie, c'est de s'accepter telle qu'elle est, une paysanne devenue domestique, et de prendre les choses comme elles viennent. Contrairement à sa cousine Marie Quillouch, envieuse et chagrine, qui lutte vainement pour sortir de sa condition, Bécassine, grâce à son heureux tempérament et à une espèce d'intelligence du cœur, se trouve entraînée dans mille aventures complètement inimaginables pour une petite bonne et se fait des amis au sein de milieux sociaux et de cultures les plus divers.

 «Bécassine a non pas une philosophie mais un tact de la vie», remarque l'écrivain Charles Dantzig (Le Figaro littéraire, 2005). «Elle transgresse la barrière des rôles masculin et féminin», note l'historien Stéphane Audoin-Rouzeau (Le Monde, 1994) : Bécassine n'est pas une suffragette, mais elle ne s'est pas laissé enfermer dans les stéréotypes de genre. «Sans brandir aucun étendard, en restant ce qu'elle est, grâce à sa liberté d'esprit et sa hardiesse, elle a su saisir toutes les occasions que la vie lui offrait», analyse Brigitte Leblanc. Les années passant, cette célibataire se voit même confier une enfant, Loulotte, que sa maîtresse, la marquise de Grand-Air, a adoptée. Est-ce la relation privilégiée qu'entretiennent l'héroïne et celle qu'elle aime comme sa fille qui séduisait tant Françoise Dolto? En tout cas, la célèbre psychologue veillait à ce qu'il y ait toujours des Bécassine dans sa salle d'attente. «Ce personnage montrait à des enfants alors encadrés par une école exigeante qu'on pouvait réussir sa vie même si on était un cancre», explique Bernard Lehembre, auteur de Bécassine. Une légende du siècle. Malgré son orthographe déplorable, elle devient même écrivain!

Bécassine ne serait-elle pour autant qu'une imbécile heureuse? «Elle pourrait bien être moins simplette qu'il ne semble», titrait en janvier 1969 Le Magazine littéraire. Dans le magnifique album qui raconte son enfance, la petite Bécassine affirme elle-même, lors de la remise des prix, qu'elle est la plus bête de l'école. Il est indéniable qu'elle manifeste certaines difficultés avec l'abstraction, mais cette hypersensible a une façon de penser éminemment artistique. Une anecdote parmi d'autres en témoigne. Quand sa mère lui apprend à mettre de l'ordre dans la maison, Bécassine réorganise la cuisine en rangeant les tabliers rouges avec la viande et les torchons blancs avec le lait: selon elle, les couleurs et les sons sont plus importants que l'aspect utilitaire des choses… Un «personnage poétique»: c'est ainsi que le grand résistant Daniel Cordier qualifie sa «chère Bécassine» dans Alias Caracalla. Il a gardé les albums de l'héroïne de son enfance à travers les vicissitudes du XXe siècle. «Bécassine est au fond de mon cœur, nous a-t-il confié, comme ces personnes auxquels on reste unis toute sa vie, parce qu'ils nous ressemblent malgré les différences apparentes.»
...

Rêveuse et inventive

Bécassine est une enfant rieuse et d'une nature heureuse, une jeune fille vive, vaillante, hardie, curieuse d'esprit. La jeune Bretonne a beaucoup d'humour et de lucidité sur elle-même. C'est aussi une écorchée vive et, lorsqu'elle devient la nourrice de Loulotte, en 1922, son dévouement et sa sollicitude envers ceux qui l'entourent la rendent souvent inquiète. Au fond, Bécassine est une fantaisiste ; elle est même farfelue. Elle est rêveuse et inventive, simple, entière, primesautière et chaleureuse. Bécassine, c'est l'anti-cynique.

«Elle incarne des vertus naturelles dont le monde d'aujourd'hui, égoïste et fébrile, a perdu l'usage: l'optimisme, la générosité, la fidélité», écrivait Francis Lacassin dans Le Magazine littéraire. Le critique s'inscrit en faux contre ceux qui confondent ces qualités avec de la naïveté et cite à l'appui la marquise de Grand-Air: «Cette bêtise-là, ça s'appelle avoir du cœur.» On pense à Blaise Pascal et à sa fameuse gradation entre le peuple, les demi-habiles, les habiles, etc. Ce sont les demi-habiles qui regardent Bécassine de haut...."




2 commentaires:

  1. J'ai quand même des doutes sur cette théorie... Au départ, elle est un peu simplette. Elle prend tout "au pied de la lettre". On la fait évoluer vers un personnage qui a des aventures (conduit une automobile, va en aéroplane, fait le tour du monde, tout en accumulant des bévues, mais après tout, M. Proey Minans en fait pas mal aussi, dans le style vieux savant distrait). Mais je ne connais pas bien la trisomie. Toutefois, j'ai quand même des doutes...

    Pour l'intelligence du coeur, je suis d'accord !

    (Pivoine)

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  2. Certes, s'il s'agissait d'une "théorie", elle serait bien hasardeuse !
    Et elle n'a surement pas même effleuré l'esprit d'Émile-Joseph-Porphyre, l'auteur de notre héroïne .
    Mais oui, c'est bien cette intelligence du coeur qui réjouit les nôtres à la lecture des Bécassines !
    Qu'en tout cas elle réjouisse tout le monde sans blesser personne, ni Bécassine et ses fans, ni les Bretons ! ... , ni les personnes trisomiques !

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