Considérations théologiques


Après avoir publié sur ce thème un post rédigé par le père d'un des "Compagnons de l'Etoile" (et qui n'engage que lui) et un texte sur "l'Enfant trisomique, un Trésor d'humanité", voici un "essai" rédigé par un des bénévoles qui a fidèlement assuré l'heure hebdomadaire de catéchèse pendant deux années consécutives. N.B. Que l'on se rassure, l'auteur de ces lignes est capables d'emprunter un langage tout aussi "vrai" mais plus à la portée de nos jeunes surtout quand il est agrémenté comme il l'a toujours été par d'admirables et admirés dessins au feutre sur paperboard ...
Ci-dessous voici une "version courte"  de cet essai (l'intégralité est là-bas)



DEFICIENCE INTELLECTUELLE : UNE REPONSE CHRETIENNE

L’homme : une capacité relationnelle
La foi judéo-chrétienne, en tenant pour dogme fondamental que l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu a fait de la défense de la dignité de la personne humaine l’exercice même de sa foi. Le lien entre le divin et l’humain est dégagé de la violence de l’archaïsme religieux de Toute-Puissance. D’autant que l’incarnation de Christ implique que le rapport au divin doit s’exercer exclusivement à partir de ce cadre.
D’autre part, la possibilité d’une échange intime de l’homme avec Dieu et de Dieu avec l’homme suscite d’abord la prise de conscience des capacités relationnelles de l’homme. Toute la religion et la spiritualité chrétiennes sont ordonnées à développer la capacité de l’homme à recevoir et à accueillir le divin.
C’est de ce présupposé théologique que le concept même de « personne » a été forgé lors de l’élaboration du dogme trinitaire afin de définir les rapports à l’intérieur même du divin et par voie de conséquence à l’intérieur de la communauté humaine.

Une relation transcendée
Nous convenons assez bien que la personne se définisse par sa capacité à élaborer une relation au monde et aux autres. Cependant, en rester à cette définition, risquerait de mettre un seuil à partir duquel un être est considéré comme « humain » ou non. Ce qui est, hélas ! le postulat de tous les eugénismes.
Or le christianisme, en affirmant que toute personne est à l’image et à la ressemblance divine, dépasse les clivages des seules aptitudes rationnelles.
En effet, si par l’Incarnation tout homme est enfant de Dieu, il reste que ce Dieu manifesté dans une nature humaine finie, demeure le Tout Autre, l’Infiniment grand, inconcevable à l’esprit humain. D’emblée nous percevons que le critère de viabilité d’un individu ne peut se réduire à ses facultés physiques ou intellectuelles. Il est le participant de la nature divine », non par son vouloir mais par sa nature spirituelle, ce que nous appelons « l’Essence ». C’est elle qui fonde sa dignité. C’est en ce sens que la Bible dans ses textes fondateurs pose ce postulat de façon poétique aussi bien que formelle en parlant « d’image et de ressemblance ».

Message prophétique de la personne dépendante
Dans la perspective chrétienne, Dieu étant à la fois transcendant et immanent, inaccessible et proche, la personne déficience intellectuellement témoigne à son insu d’une autre façon d’être présent à Dieu et au monde. Elle invite à quitter ses « repaires » intellectuels afin d’entrer dans un autre rapport à l’être.
Il ne s’agit pas d’idéaliser les personnes souffrant de déficiences intellectuelles. Il s’agit de se laisser désorienter métaphysiquement par leurs déficiences. Métaphysique au sens fort du mot, aller au-delà de l’ordre physiologique. La présence de personnes souffrant de déficiences intellectuelles interpelle jusqu’à l’insoutenable à cause de l’étrangeté de leur univers rythmé sur un autre rapport au temps, à l’évolution et à la prise en compte des divers éléments qui le composent.
Leur être dépouillé et blessé interroge nos propres certitudes. Il remet en cause l’ordonnance de réel et du normatif. Il rappelle d’une façon intolérable pour certains la fragilité de leur propre univers.
La personne déficiente intellectuelle se présente comme « l’étranger » d’autant plus expatriant que sa joie, sa volonté de vivre, sa soif d’affection et son absence totale de préjugés la font percevoir comme bénéficiaire « sans passeport », sans « carte de séjour », des biens et des valeurs qui régissent le monde clos de nos conventions, de notre culture, et, plus ontologiquement, de notre propre « génome ». Une sorte d’usurpation. Elle est alors perçue irrationnellement  comme une menace. Pour preuve, certaines sociétés archaïques en faisaient une malédiction et les tuaient.

La véritable réponse !
La Révélation répond : l’homme dépasse infiniment l’humain, le transcende par l’esprit et l’appelle de tout son affect, de tout son désir et de toutes ses passions vers une plénitude. Cette dernière vérité tout autant subjective qu’incoercible, est le moteur de l’humain, la « turbine » de ses « passions » les plus extravagantes ou les plus nobles.
Or la personne fragilisée dans son intelligence est essentiellement mue par cette part inassouvie et dynamique de son humanité. Part qui, chez elle est informulée, mais souvent douloureuse, pouvant même s’extérioriser par une certaine violence.
Le Christianisme, donc, « raciné » dans la chair, dirait Peguy, se  tient à égale distance de l’idolâtrie du divin due aux dérives de a transcendance et de l’idolâtrie de  l’humain (et de son environnement) due aux dérives de l’immanence. C’est dans cette tension que réside sa réponse, un ajustement humaniste, afin que l’avenir soit ouvert et possible, humainement viable au-delà de la seule matérialité.

L’intégration de la personne atteinte de déficience intellectuelle : marqueur humaniste et religieux
La personne déficiente intellectuellement est comme le paradigme sur lequel doit se régler le rapport humain individuel et social – on dirait aujourd’hui le rapport « globalisé » - parce qu’elle porte en elle une de ces pauvretés qui mènent sans cesse l’humanité à une croisée de chemin.

J.G. le 02.05.2011

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