Interview


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La belle histoire de La Fraternité Notre-Dame de l’Etoile et ses joyeux « compagnons »

Les « Compagnons de l’Etoile » ? Ce sont des jeunes trisomiques qui assument leur handicap dans les joies simples d’une vie fraternelle, et qui savent être de vrais « Missionnaires d’Amour » partout où ils vont. C’est en quelque sorte un prototype que cette expérience de « micro-structure d’accueil » à caractère spirituel catholique fort qui est vécue depuis deux ans dans le diocèse de Bourges, en France. Autour d’une famille d’accueil déterminée à vivre une retraite « rajeunissante », trois jeunes hommes trisomiques qui – plus jeunes – rêvaient d’être prêtres …, évêques, pape !, réalisent aujourd’hui le projet d’être des chrétiens engagés et vivent, travaillent et prient ensemble.

Père Thierry, vous êtes en charge du doyenné Brenne-Touraine et c’est donc vous qui avez encouragé ce projet dans une de vos paroisses. Quelle a été votre motivation au départ ?

Comment ne pas encourager des bonnes volontés quelles qu’elles soient ? La mission du prêtre n’est pas de tout faire, mais plutôt d’accompagner les initiatives qui naissent sous le souffle de l’Esprit Saint. L’intuition de la famille d’accueil était de permettre à des jeunes trisomiques ayant un cœur rempli d’amour pour le Seigneur, de vivre une vie familiale et fraternelle, faite de travail, de prière et de service dans un cadre de rêve et au sein d’une paroisse. Cette intuition ne rejoint-elle pas la manière dont vivaient les premières communautés chrétiennes ? (Ac 2.42) Quoi de plus évangélique ? Je ne pouvais donc qu’encourager une telle initiative surtout que cette petite fraternité a très vite pris sa place au cœur de la paroisse. En plus, cela rejoint ma conception de la paroisse : « Une famille de familles » où chacun participe à la mission.

Vous parlez de mission ? pour des jeunes handicapés mentaux ? mais de quoi s’agit-il ?

Certes la FNDLE n’est pas pour l’instant une association de fidèles laïcs reconnue ; il faudrait une longue réflexion pour adapter les règles générales canoniques aux caractéristiques de la trisomie. Dans la Fraternité N-D de l’Etoile il s’agit donc simplement, pour un an, de tâches précises mais ô combien importantes ! L’un d’eux va porter Jésus à des personnes âgées impotentes ; vous rendez-vous compte de la grâce pour lui comme pour ceux qui lui ouvrent leur porte ? Un autre est chargé du service d’autel pour les messes en semaine où je n’aurais personne d’autre à le faire. Et même s’il m’aura fallu répéter à chaque fois pendant de longs mois que l’on présente les burettes en les retournant l’anse vers le prêtre, je ne regrette pas ce patient apprentissage quand je vois leur fierté de servir le Seigneur, et leur piété aussi. Ils ont ensemble la responsabilité d’entretenir une chapelle, de la fleurir … Un troisième a en charge d’organiser le temps d’adoration eucharistique dans la chapelle (ouvrir et fermer le tabernacle). Ils sont tellement proches du Seigneur ! Ils ont vraiment leur place dans la communauté paroissiale. Les responsabiliser en leur confiant une mission officielle qui leur est adaptée les fait grandir et murir en tant qu’hommes à part entière et en tant qu’enfants de Dieu appelés à la sainteté. Le professeur Marie-Odile Réthoré, qui connait bien les personnes trisomiques pour leur avoir consacré sa vie à la suite de Jérôme Lejeune, a fait depuis longtemps le même constat et je suis heureux que l’Eglise puisse y répondre.

Quelles sont les activités de ces jeunes au jour le jour ?

La famille d’accueil - qui connait bien le problème car leur dernier fils fait partie de la fraternité – a estimé qu’il fallait poursuivre des apprentissages intellectuels sans limite d’âge en même temps que des activités pré ou para professionnelles. Je pense qu’ils ont raison ; je constate en effet les merveilleux progrès de ces « Compagnons de l’Etoile ». Ils ont des limites et des charismes comparables ; l’émulation et l’autorégulation entre eux jouent certainement un rôle majeur. Ils se voient comme dans un miroir, sont fiers des progrès de leurs confrères et ainsi acquièrent une juste image de ce qu’ils sont. L’un a été stimulé ainsi pour lire, l’autre pour nager et tous s’entraident, se reprennent quand il le faut, et surtout se pardonnent quand ils se font de la peine ; car, comme tout un chacun, il leur arrive de commettre des indélicatesses et d’être blessés par l’attitude d’un autre, mais cela ne dure jamais et se finit toujours (ils sont bien français !) par un grand rire et une chanson ! Leur emploi du temps bien réglé comporte aussi du , du théâtre, du dessin et de la musique ; là aussi leurs progrès ne sont pas fulgurants certes ! mais ô combien émouvants : quand on voit leur joie à pouvoir gratter la « cantate » (sorte de guitare adaptée) et leur fierté à psalmodier à la messe en semaine, on éprouve une grande joie. La persévérance et la fidélité des bénévoles qui viennent encadrer toutes ces activités est bien la preuve que cette joie est communicative et qu’elle peut être source d’espérance dans notre monde malheureusement si souvent désenchanté !

Mais comment s’articule justement cette participation de bénévoles et la fonction de « famille d’accueil » qui est, elle, parfaitement encadrée par la loi ?

Une association des « Amis des FNDLE » a été justement créée pour gérer toute cette partie d’activités dont l’animation ne revient pas en principe à la famille d’accueil. Mais, de fait, celle-ci est présente pendant toute les périodes où elle est « en responsabilité », c’est-à-dire selon le contrat établi avec les parents et tuteurs, du lundi au vendredi ; finalement cette fraternité marche un peu comme si c’était un pensionnat. Mais tout est possible ! et ce statut de « famille d’accueil » n’est peut-être pas le seul statut envisageable pour d’autres fraternités . Il faut s’ajuster aux règlementations locales en vigueur et surtout aux besoins des personnes, selon leur âge et leurs aspirations profondes.

Père Thierry, quel avenir pour cette petite fraternité ? N’est-ce pas une idée très belle mais aussi très fragile ?

Vous savez, la petitesse et la fragilité n’ont jamais inquiété un homme de foi ! Et puis, quand on lit Saint Paul, on voit bien que c’est à travers nos fragilités que la Grâce de Dieu peut agir, quand on fait confiance et qu’on s’abandonne. Par ailleurs cette fraternité n’est pas une « belle idée », mais tout simplement, elle permet à des jeunes chrétiens trisomiques de vivre une vie évangélique et familiale. On entend d’ailleurs parler de bien d’autres initiatives équivalentes en France ou ailleurs. Le défi actuel (bien pris en compte par l’Office Chrétien des Personnes Handicapées) me semble être d’arriver à fédérer toutes ces « micro-structures » qui veulent donner un véritable cadre de vie chrétienne aux personnes atteintes d’un handicap mental. Pour cela, nous avons besoin de vos prières et de votre soutien !

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